Le verdict

Baisers et caresses volontaires ayant entraîné l’amour sans intention de le donner.”

Voilà le chef d’inculpation. Voilà ce que le juge a dit ce matin, ce salaud de juge derrière le miroir. Je n’ai même pas demandé les preuves. Je savais bien que tout était vrai, et soigneusement établi par l’enquête du flic, ce salaud de flic qui note tout, caché dans la pendule à côté du miroir. D’ailleurs, à aucun moment on ne m’a demandé d’avouer. C’est bien qu’ils les avaient les preuves… Ou alors il l’ont vu à ma tête. Moi, je n’ai pas dit un mot, ni pour me défendre ni pour demander pardon, mais je sais bien la tête que je fais dans ces cas-là, elle vaut tous les aveux et toutes les preuves. C’est une espèce de tête navrée, avec un mélange de désarroi et de consternation…

Le juge, bizarrement, a lu le rapport du procureur qui était absent à l’audience, comme la victime qui n’était ni présente ni représentée. Rapport concis, sévère, sans appel : En résumé, une victime dévastée par une profonde blessure narcissique qui peut nécessiter des années de réparation, quand la réparation est possible… Et surtout, surtout, le crime contre l’Amour avec un grand « A » qui est le crime des crimes, bien plus grave finalement que le préjudice infligée à la victime… Ce réquisitoire ne m’a pas surpris, j’aurais pu l’écrire.

Puis, le juge a dit : “La parole est à la défense.” Mais je n’avais pas d’avocat. Je n’ai jamais eu d’avocat. Je ne pense jamais à eux parce que je ne fais jamais rien de mal et quand on m’accuse, je sais que je suis coupable. Je me sens profondément coupable de tout, sans jamais rien faire de mal. De leur côté, les avocats, je crois qu’ils ne me voient pas quand ils passent près de moi, car jamais ils ne sont venus vers moi.

Le verdict est tombé : Perpète, avec sursis. Heureusement avec sursis…

Le juge, ce salaud de juge dans la glace, quand il a vu mon soulagement, il a eu un sourire de vicieux, et il a dit : “Dans ce genre de crime, la prison, on l’emporte avec soi. Vous serez chargé de votre propre surveillance…et vous mourrez en prison !”

Octobre 2015

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