La prière bohémienne

 

La prière bohémienne de Félix Leclerc est une chanson exceptionnelle car personne ne l’a écrite avant lui.

Il y a bien eu le “Ah! Je suis bien pareil à vous” d’Aragon chanté par Ferrat mais il est bien moins fort et plus douteux : livré comme une révélation, il suppose bien ancrée l’affirmation contraire, y compris dans la tête du poète.

Chez Félix Leclerc pas d’affirmation ni de révélation mais un hommage. Le poète fait une peinture douloureuse et humble de la vie de ces bohémiens ou chacun, grand ou petit, reconnaît vite son propre destin, son propre naufrage.

A la fin de la chanson, le chanteur peut, sans démagogie, s’incliner devant ses frères, dans cette souffrance partagée d’être toujours un étranger pour autrui, un bohémien, cette difficulté d’avoir à être, d’avoir à vivre, qu’on soit poète ou fonctionnaire.

Juin 1993

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